La lune était pleine cette nuit là. Les murs blancs d'Horias s'en trouvaient illuminés, comme figés dans le temps alors que le jeune homme marchait hativement dans ses rues.
Des émotions de peur et d'apréhension mixées de rêves de gloire jaillissaient en lui tels les geysers sacrés du Jardin Impérial. L'ont dit que Banos les aurait offerts au premier Empereur d'Imris, Theobald Le Juste, lorsqu'il choisit comme capitale Horias pour y ériger sa forteresse censée repousser les attaques du Mal.
Mais la forteresse n'est plus qu'un vaste champ de ruines et de souffrances, emportée par les troupes venues des contrées venteuses du Nord, et son champion, Argrath le Noir. Les épidémies s'installent, l'exode guette et des mutineries éclatent au sein même de la Noble Guarde Royale. L'Empereur est porté disparu et ses généraux sont trop occupés par leurs luttes intestines et leurs machinations pour comprendre l'ampleur de la défaite imminente.
 Seul le maître du jeune homme, un grand prêtre nommé Wark, réunit assez de fidèles pour envisager une riposte digne de ce nom contre les envahisseurs. Mais avant cela, l'insouciant apprenti devra se changer en héros.

A peine rentré dans l'édifice que l'on nomme Le Palais d'Ivoire, l'apprenti eu une vision fugitive. "Le vainqueur décidera de ce que l'on retiendra de l'Histoire. Préparez vous, mes armées, la survie de notre Empire est entre nos mains.
Argrath sera annihilé et ses légions ne tourmenteront plus notre peuple. La Guerre sera bientôt finie. Gloire à Banos, gloire à l'Empereur, et gloire à Imris!" dit un vieil homme à la barbe grisonnante parfaitement égale, dans une armure blanche portant le symbole du Dieu de la Justice. Son charisme captivait une foule de soldats, gardes mais aussi paysans, nobles et hommes en capes réunis autour du Grand Palais. En vérité, la place était totalement emplie de la ferveur populaire que seule une bataille immense pour la libération d'un peuple opprimé peut rassembler. Les habitants d'Horias croyaient
 cet homme, et sa résolution gonflait leur moral. La foule était en ébulition, des cris de joie et de fureur résonnaient jusque dans le coeur de ceux qui, trop longtemps, avaient subi le joug de l'oppresseur. Cet homme était un vrai Héros.
 De ceux qui peuvent galvaniser leurs troupes et porter une armée desespérée, affamée et inférieure en nombre vers le triomphe que même un avide marchand n'aurait pu parier.

Alors qu'il montait la dernière marche qui le menait vers le toit du bâtiment d'une blancheur immaculée, le jeune homme aurait voulu qu'une once du courage de ce héros rejaillisse sur lui et que ses tremblements cessent, car un émissaire du mal il devait pourfendre. Et pas n'importe lequel, Jayis, Héraut des légions obscures et lieutenant parmi les lieutenants d'Argrath.
 Son prestige lui venait de cette fameuse bataille où par ruse plus que par force, il avait vaincu le Général en chef des armées de l'Est venues les secourir dans les gués du fleuve Dorasil. La déroute qui s'ensuivit fut une des plus meurtrières que les vaillantes armées Alliées eurent à subir, privées de plusieurs de leurs chefs. L'apprenti guerrier lui ferait payer très cher la mort d'un Général qu'il admirait. Si ses tremblements cessaient.

Les espions impériaux avaient mis au courant Wark d'une tentative des légions du Mal pour s'emparer de bâtiments stratégiques de la ville. Parmi ceux ci était le Palais d'Ivoire, où siégeait le Conseil des Sages, dont lui-même était une figure importante.
 Une troupe de soldats d'élite devait pénétrer de nuit par le toit du palais et s'introduire dans les salles adjacentes à la Salle de Conférences, pour frapper au plus fort des débats le lendemain matin. Et cette nuit était arrivée. Déja, des ombres furtives rôdaient sur le toit du palais, déjà, la lame du jeune homme -dont on percevait maintenant la tenue, une armure d'écailles portée sous une cape blanche portant le symbole du soleil avec au premier plan une balance, l'embleme de Banos, ainsi qu'une épée en orychalque, d'une longueur conséquente, propre à trancher à peu près n'importe quelle matière si on y met la force requise- virevoltait comme une plume entre ses mains expertes, et déjà les corps de puissants soldats du Mal vétus de noir juchaient le sol.
 Alors que le dernier des cinq éclaireurs s'effondrait dans un râle, IL apparu. Aucun doute la dessus, c'était lui. Son aura de terreur l'avait précédé. Sorti comme un Diable d'un recoin ténébreux, il contempla ses hommes au sol, et observa attentivement l'apprenti à bout de souffle avec des yeux noirs amusés. Sa peau était d'ébène, les traits de son visage d'une finesse sans égal, et sa petite taille contrastait avec la longueur de son arme, qui ressemblait à un parfait croissant de lune. La puissance émanait de ses gestes, son apparence, son armure (faite d'un metal plus sombre que l'obsidienne encore) le situaient d'emblée comme le personnage le plus terrible que l'apprenti eusse jamais approché en sa courte existence. Et le Maître du Mal jouait de son pouvoir d'intimidation avec un rare brio.

A suivre...

Haut dans le Ciel, j'aperçois ton scintillement.
Ta parure n'est-elle pas dotée de milliers de diamants?
Ton tournoiement pour les mortels se fait éblouissant,
Oiseau de feu, transcende le firmament.

De la fournaise originelle tu es né,
Mais l'Enfer tu ne connaîtras jamais,
Car tu es l'intemporalité incarnée,
Les tréfonds de ton âme ne pourraient se faner.

Ta vision provoque parmi nous un émoi ardent,
Comme les Ténèbres tu repousses de ton cri puissant.
Ton aura rougeoyante évoque un feu incandescent.

Ô Phenix, je t'en conjure, place ta charité
En ce bleu monde fait de vanité,
Et que ta lumière nous guide pour l'Eternité.

 

(Idée originale de 1998, finition et mise en forme 2005)

Un nouveau jour se lève dans la morne plaine, un nouveau sursis m'est accordé.
La souffrance, l'insalubrité. L'attente, la peur. La folie humaine, la guerre. Les tranchées.
Rien  ne bouge dans le "No man's land". Meme les fantomes ont peur d'approcher de notre "chez nous".
Ecoutez le bruit de leurs âmes errantes lorsqu'elles s'échouent contre nos barbelés!
Parfois, des éclats de mort arrivent à frapper à proximité de notre lieu de survie.
Qui n'est probablement qu'un compromis fait à la Grande Faucheuse.

Terne et gris nous encerclent. La lueur du jour ne filtre plus depuis longtemps dans cette désolation.
La boue et le souffre comme seuls amis. Ils occupent mes sens. Impossible de réflechir.
Sinon, je verrai bien à quel point ce conflit n'a pas de but ni de morale. Je deviens fou.
Ma douce me manque. Dieu sait si elle est encore en vie. Nous n'avons plus de correspondances depuis longtemps.
Comment le pourrions nous? Nous sommes isolés, condamnés. Mais voila que je me mets à raisonner comme un deserteur.
A quoi est-ce que je peux bien penser? Ce n'est pas le rôle d'un soldat. Se battre et mourir, voila notre glorieux avenir.

La fumée se dissipe. Comme mon envie de vomir le reste de mes tripes. Je ne tiendrai plus longtemps dans cette puanteur.
L'assaut ennemi a fait des ravages. Des visages familiers sont maintenant figés de terreur et de haine.
Il faudrait les enterrer avant que les rongeurs ne se chargent de la sale besogne. Nous sommes comme ces rongeurs.
Nous nous nourrissons et vivons dans les mêmes conditions, partageons bien plus de choses avec eux qu'avec le reste de l'humanité.
Mais bon Dieu, pourquoi ces salauds d'officiers nous ont-ils envoyé au casse-pipe? On ne pouvait pas gagner.
Qu'en connaissent-ils de la Guerre eux, dans leur grands bureaux bien éclairés et chauffés, à baffrer toute la journée?

Je n'arrive pas à dormir. Pour quoi faire d'ailleurs? Autant profiter de mes dernières heures pour me marrer un peu!
Et voila que je me remets à faire de l'humour. Pauvre de moi. Si seulement je pouvais me reveiller. C'est un cauchemar. Sûr.
Ils sont passés où les braves soldats ennemis? Si ils étaient un peu moins prudents, ils nous tueraient tous. Enfin.
La délivrance m'attend certainement très bientôt. Soyons patients... Haha, la folie me guette!
Parfois il est bon d'être schizophrene, car dans les moments durs, on est jamais seul! Salut toi? Ca va? Prêt à y passer?
Mes compagnons sont soit en incapacité de me répondre, soit dans un état ou la mort serait préférable. Reste plus que moi de sain ici bas!

Engagez-vous qu'ils disaient. Vous verrez du pays. La vie en communauté. Mais bien sûr.
Une communauté de mort-vivants dans un pays engendré par le Comte Dracula lui-même, dans une guerre comme on en a jamais vu.
Vous connaissez Dracula? J'ai lu ça dans ma jeunesse, c'est pas si vieux que ça d'ailleurs. En fait, je suis encore jeune.
Mais bientôt plus de ce monde. Ce matin, deux gars y sont passés en essayant de déserter. Ils se sont enfuis dans le No Man's Land.
"Bang". Ils ont dû battre le record du monde de saut en hauteur avec ça j'imagine. Et une belle médaille posthume, une!
Je me demande si je ne devrais pas suivre leur exemple. Qu'ai-je à y perdre? La vie? Laisse moi rire.

Je voudrais qu'on se souvienne de moi. De ma vie. De mes doutes. Mes souffrances. Ma belle, j'espère que tu trouveras quelqu'un de bien.
J'aurais voulu connaître plus de gens, être en bons termes avec mes parents. Travailler. M'amuser. Apprendre. Aimer. Vivre.
Je survis. Ma vie est un sursis permanent, liée au bon vouloir de quelques hauts placés et des féroces gars d'en face.
Les gars d'en face justement, ne vivent-ils pas le même calvaire que moi? Tuer des gars comme nous, tu parles d'une guerre...
Si il y a bien un truc de sûr, c'est que ca ne changera rien au monde. Je peux pas trop expliquer pourquoi mais j'en suis convaincu.
Merde. L'alarme. Au boulot. On dirait que personne ne me laissera en paix aujourd'hui.
Une petite fable moraliste que je trouve particulièrement juste, prise sur le site http://phortail.org/blagues/ (qui est plutôt un site d'humour en règle générale). Méditez bien dessus.


"Un jour, un vieux professeur fut engagé pour donner une formation sur "La planification efficace de son temps" à un groupe d'une quinzaine de dirigeants de grosses sociétés (et du Conseil du Département!). Le vieux prof ne disposait que d'une heure. Il dit :

"Nous allons réaliser une expérience".

De dessous la table il sortit un grand pot d'un gallon (pot de verre de plus de 4 litres) qu'il posa devant lui. Ensuite, il sortit douze cailloux à peu près gros comme des balles de tennis et les plaça délicatement, un par un, dans le grand pot. Lorsque le pot fut rempli jusqu'au bord et qu'il fut impossible d'y ajouter un caillou de plus, il leva lentement les yeux et demanda :

" Est-ce que ce pot est plein ? "

Tous répondirent : " Oui ".

"Vraiment ? " Alors, il se pencha de nouveau et sortit de sous la table un récipient rempli de gravier. Avec minutie, il versa ce gravier sur les gros cailloux puis brassa légèrement le pot. Les morceaux de gravier s'infiltrèrent entre les cailloux jusqu'au fond du pot. Le vieux prof demanda de nouveau: " Est-ce que ce pot est plein? ". Cette fois, ses brillants stagiaires commençaient à comprendre son manège et l'un d'eux répondit: " Probablement pas! ".

"Bien! " répondit le vieux prof. Il se pencha de nouveau et cette fois, sortit de sous la table un sac de sable. Avec attention, il versa le sable dans le pot. Le sable alla remplir les espaces entre les gros cailloux et le gravier. Encore une fois, il demanda : "Est-ce que ce pot est plein?".

Cette fois, sans hésiter et en chœur, les stagiaires répondirent: "Non! "

-"Bien! " répondit le vieux prof. Et comme tous s'y attendaient , il prit un pichet d'eau et remplit le pot jusqu'à ras bord. Le vieux prof demanda alors : "Quelle vérité nous démontre cette expérience? "

Le plus audacieux répondit :

"Cela démontre que même lorsque l'on croit que notre agenda est complètement rempli, si on le veut vraiment, on peut y ajouter plus de rendez-vous, plus de choses à faire ".

" Non " répondit le vieux prof, "ce n'est pas cela. La grande vérité que nous démontre cette expérience est que "si on ne met pas les gros cailloux en premier dans le pot, on ne pourra jamais les faire entrer tous". Il y eut un profond silence, chacun prenant conscience de l'évidence de ces propos. Le vieux prof dit alors : " Quels sont les gros cailloux dans votre vie? Votre santé ? Votre famille ? Vos ami(e)s ? Réaliser vos rêves ? Faire ce que vous aimez ? Apprendre ? Défendre une cause ? Vous relaxer ? Prendre le temps...? La bourse.. ? Ou...toute autre chose ? "

" Ce qu'il faut retenir, c'est l'importance de mettre ses GROS CAILLOUX en premier dans son agenda, sinon on risque de ne pas réussir...sa vie. Si on donne priorité aux peccadilles (le gravier, le sable), on remplira sa vie de peccadilles et on n'aura plus suffisamment de temps précieux à consacrer aux éléments importants de sa vie. Alors, n'oubliez pas de vous poser à vous-même la question : " Quels sont les GROS CAILLOUX dans ma vie? Ensuite, mettez-les en premier dans votre pot". Le vieux professeur salua son auditoire et lentement quitta la salle dans un grand silence."
 

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